FASCINATIO – COLLECTION M + M AUER
LE DON DE L’ŒIL FASCINÉ – couv’ bleu nuit –
« Fulguratio, fascinatio ne font que dire ce réemboîtement, en un éclair, plus vite que l’éclair, de la forme la plus récente dans la forme la plus ancienne. » – Pascal Quignard
La lumière l’a ensorcelé. Où que son regard se pose, quels que soient l’heure, le lieu, les êtres et les choses, ce sont les moindres manifestations de la présence lumineuse que son œil, sous emprise, guette, fasciné. Bruno Aveillan n’a de cesse d’interroger la portée des rayons dont la réponse est toujours la beauté.
Sa vision ne sait résister à l’appel d’une simple chandelle dont la virtuosité des feux la régale d’une danse serpentine le long des courbes limpides d’un verre de cristal. La jouissance d’un esprit pénétré s’exprime d’évidence au cœur de toutes ses images.
Telle fascination suppose l’oubli de soi, un saisissement fulgurant de l’être qui, happé dans l’instant, s’extrait du monde et s’élève vers les séjours translucides des cieux et le flottement des vapeurs. C’est un ravissement extatique vers une zone irréelle de nuées fluides entre lesquelles se dessinent des ombres indécises, échos du retentissement intérieur de sa lecture du temps et de son passage diaphane.
L’ivresse de la métamorphose, de la mouvance perpétuelle des choses au creux des spectres lumineux s’empare de son regard, à tout bout de champ. Il conte l’enchantement de cet élan vital d’ouverture au monde qu’il éprouve n’importe où, hors du monde, dans la dissolution des limites, au bord d’une voie ferrée ou sur l’asphalte vénitien. Aussi, son vertige poétique s’offre à la contemplation au-dessus d’une forêt de silhouettes majestueuses, mouvantes, sous les neiges ou un soleil laiteux.
L’artiste, épris d’absolu, cède à la tentation de saisir ce qui ne saurait être vu, de fusionner ce qui ne saurait fondre ensemble. Et dans le temps suspendu, de grands airs azurés effacent l’horizon pour se confondre avec des mers si bleues qu’elles semblent avoir englouti toute la rage du monde. Subsiste, seul, le désir de se noyer en paix. Là, s’offre le fulgurant présent du regard.
ZOÉ BALTHUS – PARIS, SEPTEMBRE 2011
Date:
mai 30, 2024
